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Synopsis

Trames scénaristiques

Suivant cette idée de réaliser un portrait du monde traversé, il apparaît comme nécessaire d'effectuer une déconstruction chronologique au profit d’une narration thématique ou systématique, transformant ainsi les différentes cultures rencontrées en trois ans en un même creuset culturel international.

Géocycle

Contrainte d'un cycle de 24 heures

Suivre le phénomène naturel universel de la rotation de la Terre sur elle-même, en commençant le film au lever du soleil, lui faire suivre un zénith, puis un coucher de soleil, une nuit et de nouveau un lever de soleil, de manière à recréer cette sensation de boucle qui était à la base du voyage. Les plans seront ainsi sélectionnés, triés ou éliminés en fonction de leurs luminosités. Le scénario s’établira progressivement sur des tranches horaires.


Anthropocène

Même s'il avait été imaginé durant les préparatifs du voyage, l'impact de l'homme sur son milieu naturel a été particulièrement frappant durant presque tout le périple, au point qu'il paraisse comme incontournable d'en rendre compte. L'une des difficultés sera de prendre soin de se démarquer du nombre déjà important de films réalisés à ce sujet (dès 1936 avec certains précurseurs puis de manière exponentielle jusqu'à nos jours) en tentant d'apporter un point de vue personnel à cette récente prise de conscience citoyenne environnementaliste.

Une découverte graduée..

Commencer par des images qui renverraient à une forme de cosmogonie (gros plans sur les minéraux, mousses végétales, l'élément aqueux, etc.)…



Poursuivre par des paysages sauvages et entièrement naturels…



Poursuivre avec des paysages de plus en plus anthropocènes jusqu'aux mégalopoles frénétiques et usines polluantes…



Jusqu'à aborder le désenchantement de cette frénésie généralisée (déchets, usines polluantes, pauvreté, frontière américaine, etc.)…


L'Humanité en action

Un film sans personnages principaux, image d'un creuset culturel

Les auteurs Fanch Dodeur et Barth Péron n'apparaîtront pas comme des acteurs-voyageurs, mais plutôt sous la forme de caméo, au même niveau que les autres, silhouettes furtives ou figurants exécutant une action sans évolution narrative propre (prise de son, déplacement à vélo, flûte, etc.). De la même manière, les montures qu'étaient les vélos n’apparaîtront qu'au même niveau que d'autres moyens de locomotion rencontrés sur la route.

Un plan introductif à la lenteur donquichottesque, placé en exergue du film suffira à rendre compte de la démarche initiale du voyage.



Les particularités des différentes cultures traversées et filmées seront sans cesse brassées pour former l'image d'une seule et même humanité qui renvoie au phénomène amalgamant de la mémoire conservée de ce voyage.

L'humain comme spectateur, acteur et/ou victime de l'anthropocène

Il y a peu de véritables portraits d'individus filmés, l'humain se présente en terme générique, sans rencontre individualisée. En développant la trame de l'anthropocène, l'être humain apparaîtra graduellement dans le film, du désert à la surpopulation urbaine.



En conservant l'idée d'un film recréant le rythme d'une journée, émerge alors la construction d'un emploi du temps générique fictif.

Les occupations de types sédentaires se déclineront sous forme de thématiques.

Ainsi, filmés dans des lieux de travail, certains rushs peuvent se monter sous forme de scènes indépendantes : extraction du souffre dans le Kawah Ijen (Java), impression des tissus en Indonésie, sculpture sur bois en Indonésie, pêcheurs rangeant leurs bateaux le long de la plage du port artisanal de Nouakchott, pêcheurs en Malaisie, fondeurs de gamelles en Mauritanie, plasticienne en Serbie. A cela pourraient s'ajouter quelques plans de constructions et bricolages réalisés dans différents ateliers, FabLabs, hackerspaces visités au cours du périple (Mexique, Malaisie, etc.).



Les moments d'oisiveté sont marqués par l'alimentation. Les gens font leurs courses, dépècent des chèvres, cuisinent (au feu, au gaz, dans la rue, au bord de la route, dans des restaurants, des gargotes ou des tentes), mangent.



Le temps libre est destiné aux jeux (jeux de ballons, foot, sepak takraw, cartes, cerf-volants, etc.) mais aussi souvent à la pratique de la musique (sacrée ou ludique), de la danse, ou des pratiques traditionnelles pyrotechniques (cérémonie du Hungry Ghost en Malaisie). Ces plans peuvent s'amalgamer dans des séquences où le monde entier semble jouer de la musique et danser selon une forme de rituel planétaire.




Notons au passage qu'une séquence se construira probablement autour de la fabrication, les gestes des gens qui fabriquent des choses (électronique, soudure, fonderie, pelleteuses, etc.) s'enchaîneront en rythme comme s'ils s'ingéniaient à une même invention collaborative, comme si tous contribuaient à un objectif qui les dépasse individuellement.

Une mobilité permanente

Illustration encore des caractéristiques de l'anthropocène et nécessairement liée aux conditions de notre voyage, l'être humain semble en mouvement permanent qu'il s'agisse de migrations pendulaires ou d'émigrations internationales.

Souvent posée, la caméra capte des ambiances de villes ou de campagnes, dans lesquelles les personnes filmées sont en mouvement. Elles traversent le cadre dans tous les sens. Il serait possible de monter une séquence en jouant sur les “raccords mouvements” de manière à rendre compte d'un flux continu d'individus dont les mouvements s'enchaînent sans qu'ils en aient conscience à des kilomètres de distance. L'effet de montage produirait tout à la fois une sensation fictionnelle d'homme mondial doué d'ubiquité (se lever d'une terrasse au Maroc, traverser une rizière en Indonésie, grimper dans un téléphérique en Autriche, acheter une mangue sur un marché au Sénégal, etc.), comme possédé par un réflexe consistant à se mouvoir a priori de manière autonome mais finalement toujours en direction des centres urbains surpeuplés où l'individu se perd et disparaît au cœur de foules grouillantes.



Toujours sur l'idée d'une humanité en mouvement permanent, de nombreux plans de caméra embarquée peuvent se coller les uns aux autres dans de longs travellings aux véhicules différents (taxis, voitures, camions, remorques, trains, tramways, vélos, bateaux, ascenseurs, etc.).



L'homme bute aussi sur les frontières, la frontière Mexique-USA étant la plus violente visuellement.


Immobilité songeuse

A contrario, beaucoup de plans montrent aussi une humanité au regard absent, absorbée par ses pensées entre la neurasthénie et la rêverie, la fatigue et la contemplation amusée, l'attente ou le repos. Ces scènes représenteront des temps de pause dans la narration même du film, comme de logiques ou brutaux contrechamps fictifs de la vivacité des champs précédents.


Séquences thématiques

Listes de scènes ou de sélections thématiques à incorporer au plan du film

Ahmed le gardien de camping sauvage - Seul portrait vidéo étoffé de multiples plans de son habitat rustique avec plusieurs minutes d'interview. Il semble contempler le monde du fond de sa tente.



Fêtes foraines presque artisanales en Birmanie et Indonésie - Ces images seront à employer comme une métaphore des boucles permanentes qui agitent le monde



Macaques Rhésus sur les toits des villes indiennes - Une vie naturelle totalement urbanisée se développe sur les toits des villes, observatrice et surplombante, elle semble offrir un point de vue sur la vie de ces cousins primates. On pourrait partir d'eux pour lancer une séquence de vues prises depuis les toits.



Vues des toits - Descente des toits via ascenseur (MVI_9568) qui pourrait s'enchaîner avec une série de plans caméra embarquée derrière des vitres (train, tramway, voiture, etc.).

Intercaler des plans d'installations, de créations ou de performances réalisées durant le voyage. Comme une rythmique, un rendez-vous. (Adhan - Mehndi - Float Drop - Techno Griot - Communication Inappropriée - Comment troubler le silence du désert)

L'eau (océan, mer, fleuve, rivière, cascade, canalisations, bateaux, vagues, etc.)

Animaux (En milieu naturel, domestiques ruraux, domestiques en milieu urbain, sauvages en milieu urbain)

Autre particularité récurrente, induite par notre matériel de captation (des boîtiers photographiques), beaucoup de personnes filmées prennent des poses pour se faire photographier. Ces rushs nous éclairent sur cette manière universelle de se mettre en valeur, les postures et l'inventaire des signes de doigts qui complètent la pose (V, twix, jul, etc.).

La place du son

Parfois en équilibre, parfois en concurrence, l'image et l'audio entretiennent une relation mouvante pouvant aller jusqu'à l’effacement partiel ou total de l'un ou de l'autre. Le son viendra rehausser le propos des images, parfois le questionner et si nécessaire le contredire, et de ces interactions naîtra un support inattendu de réflexion que nous utiliserons pour enrichir la trame narrative du film.

Exploration sonore

La bande-son alternera captations audio explicites, textures sonores, micro-montages, granulations et silences. Comme pour l'image, nous prenons le parti de ne pas faire de nouveaux enregistrements et de nous contraindre à la banque de sons collectés lors du voyage (plus de 1000 sons).

Les captations ont été réalisées avec une oreille influencée par la musique concrète et les évolutions des méthodes d’échantillonnage (sampling, granulation…), ce qui nous mène à appréhender le montage audio comme la continuité d'une démarche, et à explorer cette matière sonore à la recherche d'une musicalité hybride, de rythmiques cachées et de polyphonies harmoniques ou culturelles.

Il nous semble également pertinent d'inclure les notions de mouvement, de nuance et d'espace dans l'exercice de composition en optant pour une approche spatialisée de la diffusion sonore (5.1, quadriphonie…).

prod/recherches/documentations/geocyclab-synopsis.txt · Dernière modification: 04 03 2020 de barth