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Corpus Sonus

(titre provisoire)
Performance expérimentale, visuelle, sonore et biologique

Le monde peut être perçu par certains d’entre nous, techno-scientifiques ou technophiles, sous la forme d’un code à décrypter, d’un ensemble d’objets, de fonctions et de variables complexes, quantifiés et classifiés suivant une nomenclature issue des sciences modernes. Données géographiques, économiques, commerciales, écologiques, données culturelles, comportementales, sociales… Elles sont collectées pour modéliser notre environnement et nos interactions avec celui-ci. Ce principe de «modèle» permet à l’humain de mieux comprendre, voir d’anticiper les mécanismes de nos sociétés, de notre planète, de notre univers.

Pourtant cette situation inédite et prometteuse dérange car elle modifie de manière significative notre organisation sociale, c’est toute une société qui glisse sans vraiment en avoir conscience dans un nouveau paradigme économique et social : l’économie du savoir.

Je n’y échappe pas.

Mon «moi» - contraction de ma pensée et de mon corps biologique - est aussi partenaire de ce changement. D’avantage exposé, mon identité et mon intimité se transforment, mes idées et mes goûts se diffusent sans véritable consentement et les signaux biologiques de mon corps, captés par mon smartphone, se prolongent dans un espace parallèle où ils se dissipent octet après octet sous une forme bien souvent «non human-readable».

J’ai l’impression que mon «moi» m’échappe peu à peu, j’en perds partiellement le contrôle.

En immersion dans la société du savoir, mon corps m’appartient-il encore ?

Performance pluridisciplinaire

Corpus Sonus est une performance sonore, plastique et numérique au cours de laquelle, Montaag, musicien, interprétera une composition équipé d’une dizaine de capteurs bio-médicaux.

Les différents flux de données issus de son organisme seront analysés, puis calibrés en direct par Fanch Dodeur et Barthélemy Péron, artistes numériques du collectif ExSitu, avant d’intégrer et d’influencer la scénographie et la composition musicale de Montaag.

Cette mise en abîme, ce «bio-feedback» amènera le musicien à écouter - littéralement - son corps, à suivre le tempo de sa pulsation cardiaque, à composer avec le son que produisent ses muscles quand ils se tendent, à jouer avec la texture sonore altérée par sa transpiration ou encore à se laisser surprendre par sa propre respiration. Outre le fait de partager avec le public sa sensibilité musicale, en prenant part au projet, Montaag accepte de dévoiler une partie de son «moi» biologique mais aussi d’en perdre partiellement le contrôle.

Au-delà du large panel de questions d’ordre éthique et biopolitique qu’elle soulève, cette création pluridisciplinaire met en lumière le processus de digitalisation du corps, de transformation de l’humain pour et par les algorithmes. Il s’agit de voir et de faire voir à l’intérieur de ce qui est opaque, de prélever et de révéler l’invisible en toute transparence.

Création Sonore

Hybridation de vivant et de machine, croisement entre libre arbitre et systématisme, la composition sonore résulte de la rencontre entre la sensibilité du musicien et la rigidité systématique d’une équation mathématique. Entre duel et fusion, c’est dans la musique que se reflète le mythe du Cyborg de Donna Haraway, que s’oppose réellement la fragilité du geste de l’humain à la rigueur algorithmique et que vont se dévoiler la complexité et la variété des relations que nous entretenons quotidiennement avec l’univers technologique.

La grammaire musicale de ce projet s’inspire ouvertement de l’œuvre de J.S. Bach, figure incontournable du dialogue entre la musique et les mathématiques. À l’instar de Pythagore, Bach pourrait être perçu comme l’un des précurseurs de la musique algorithmique, car en déployant la théorie du contrepoint, en écrivant ses innombrables fugues, il invente un processus d’écriture musicale fondé sur un certain nombre de règles mathématiques ou d’aberrations géométriques. Sa musique, d’un pragmatisme implacable, et largement théorisée, est une base suffisamment solide, foisonnante et inspirante pour cadrer nos intentions harmoniques.

Cette grammaire, appréhendée comme un ensemble d’objets et de fonctions quantifiables, peut être reproduite/imitée par un algorithme. Si nous n’avons la prétention ni de jouer, ni de composer du J.S. Bach, il nous semble néanmoins pertinent d’en faire un sujet d’étude prédominant et de nous en inspirer pour l’écriture sonore de cette création.

Si la machine structure l’ensemble, le résultat dépend de Montaag, batteur, de son état physique certes, mais aussi de sa souplesse mentale, de son écoute et de sa capacité à improviser, à se perdre ou à lâcher prise.

Création numérique

Techniquement, il s’agit de coder un algorithme, une équation dont les multiples inconnues seront associées en temps réel aux données issues du système organique du musicien. Cet algorithme a pour objectif principal de générer une nouvelle séquence de notes à chaque changement notable des signaux biologiques de Montaag et d’en moduler les paramètres sonores (tonalité, amplitude, timbre, résonance…) en fonction des données réceptionnées (sueur, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, contraction musculaire…). La sélection des notes et l’harmonisation sont confiées à une intelligence artificielle de type «machine learning» (chaîne de Markov) associée à une base de données regroupant plusieurs partitions de J.S. Bach.

Dispositif / Mise en scène

Le musicien est installé avec ses instruments au centre de la scène, isolé visuellement dans un cube ajouré et surélevé dont les arêtes intègrent un système d’éclairage programmable (rubans de LEDs adressables). Une multitude de câbles de formes variées tissent des liens entre le corps du musicien et les terminaux où sont traitées les données à l’extérieur du cube, comme autant de cordons ombilicaux matérialisant la circulation des informations.


À l’extérieur de ce cube, principalement dans un espace situé entre le musicien et le public (à l’image d’une fosse d’orchestre) est disposé un ensemble de machines, ordinateurs, synthétiseurs, écrans, composant une sorte de régie scénographiée dans laquelle les deux artistes d’ExSitu calibrent et contrôlent l’expérience en direct.

La mise en scène intègre également différents dispositifs de visualisation des flux et des étapes d’analyse et de transformation des donnés, envisagés comme des supports de compréhension, mais aussi de manière à alimenter l’expérience esthétique. Une dizaine d’écrans sont ainsi disposés sur scène, chacun d’entre eux dévoile les évolutions du métabolisme du musicien, parfois sous forme brute ou de diagramme, mais aussi sous une forme davantage plastique qui pourrait s’apparenter à un objet évolutif symbolisant la symbiose entre deux corps de natures différentes.

La mise en lumière, entièrement programmable et intégrée au dispositif scénique, est aussi envisagée comme un support de compréhension puisqu’elle peut être connectée aux différents flux de données.

Recherche et Création

Pour parvenir à ces objectifs, Corpus Sonus nécessite un temps d’écriture, de recherches et de création s’étalant sur un minimum d’une année. Cette période sera ponctuée par trois résidences de 15 jours, durant lesquelles nous travaillerons sur le contenu artistique, la cohérence globale et sur les divers aspects techniques du projet.

Une présentation publique de l’avancé de nos recherches, et des rencontres avec des professionnels de la culture et de la recherche, sont envisagées à chaque sortie de résidence. Les périodes séparant deux résidences seront dédiées à la production, aux recherches de financements, ainsi qu’à l’écriture, la recherche artistique et le développement technique.

La durée de cette période de recherche et de création a également pour objectif de nous permettre l’exploration d’autres pistes de travail, d’autres collaborations, susceptibles d’enrichir notre propos :

Nous imaginons ainsi une première phase d’écriture en itinérance, qui se déroulerait dans le cadre d’une «randonnée» sur les traces de J.S. Bach, en suivant les 450 kilomètres qu’il a parcouru à pieds de Arnstadt à Lübeck en 1705. Ce voyage est relaté comme étant une étape marquante de l’élaboration de son art du contrepoint.

Les questions de mises en scène et de gestes médicaux liées à la pose des capteurs, seront confiées au regard extérieur d’Irina Goujon, infirmière de profession et comédienne amatrice.

En cohérence avec la démarche art et science d’ExSitu, des collaborations sont envisagées avec différents instituts scientifiques et/ou médicaux, comme par exemple la rédaction d’un texte par Roxana Lazcano, sociologue en bio-politique, afin de tisser des liens entre cette exploration et des travaux de recherches universitaires.

Médiation

Un temps d’échange adapté au public est prévu en amont de chacune des représentations, tant il peut être difficile d’appréhender un tel dispositif sans aborder quelques notions scientifiques et artistiques fondamentales.

Il nous tient également à cœur d’accompagner cette performance d’un support illustré de médiation, accessible à tous types de public. C’est dans ce sens que nous proposons à Milena, autrice de bande-dessinée, de documenter les différentes étapes du processus de création et de prendre en charge la réalisation de cette édition.

Par ailleurs, différents partenariats culturels ou scientifiques (universités, instituts…) sont envisagés pour nous accompagner dans les différentes phases du projet mais aussi pour permettre la diffusion de notre création auprès d’un public le plus large possible.

Artistes


ExSitu / Porteurs du projet

Barthélemy Péron & Fanch Dodeur / Collectif d’artistes chercheurs

1000 - Installation sonore, lumineuse, électronique et numérique (en cours).

De Natura Rerum - Installation sonore interactive (2020).

Le collectif ExSitu confond recherche et créativité dans une quête sensible à la frontière entre arts et sciences. En empruntant à la science et au numérique ses outils ou méthodes, il s’agit non seulement d’en explorer la potentielle poésie, mais aussi de questionner leurs usages et leur accessibilité.

Suivant la conviction que “savoir” et “nature” sont des biens communs, ExSitu intègre au cœur de sa démarche les valeurs et contraintes de la culture du Libre. La fabrication des outils fait alors partie du processus de création, brouillant la distinction entre atelier et laboratoire, entre documentation et exposition.

Initiée par les artistes-chercheurs Barthélemy Péron et Fanch Dodeur, cette recherche continue les réunit depuis 2010, au cours de résidences, d’exposition, workshops, ateliers, et autres laboratoires temporaires.


Montaag / Compositeur et performeur

Gwendal Briec / Musicien, illustrateur

Montaag est un artiste protéiforme (illustrateur et musicien), il participe en tant que compositeur et interprète à des projets multimédia ou se produit sur scène en solo avec batterie et machines.

Il développe un univers musical unique composé de percussions acoustiques, de sons organiques et de musique électronique. De la création visuelle à celle musicale, sa pratique est toujours en mouvement, en quête d’un univers cohérent entre énergie et contemplation, entre l’animal et la machine.

Concert à Stéréolux - 14 octobre 2021

Autres intervenants potentiels

• Milena / Autrice BD

• Laurent Malys / Artiste numérique

• Irina Goujon / Comédienne

• Roxana Lazcano / Sociologue en bio-politique

Médiation artistique et scientifique

Développement système

Aide à la mise en scène

Écriture

Rétroplanning



Mai 2022 | 2 semaines | Lolab

  • Recherche et développement technique
  • Prise en main et interconnexion des différents dispositifs
  • Validation d’un premier prototype
  • Test et observation
  • Écriture, scénographie et composition sonore
  • Sortie de résidence : Présentation technique et artistique, démonstration.

Octobre 2022 | 2 semaines | Stéréolux (envisagée)

  • Recherche artistique
  • Composition musicale
  • Scénographie
  • Intégration des dispositifs à la création
  • Sortie de résidence : Performance/live de 15 minutes

Avril 2023 | 2 semaines | Stéréolux (envisagée)

  • Finalisation
  • Finition technique
  • Répétition plateau
  • Sortie de résidence : Performance, avant première/live de 45 minutes
prod/creation/lives/corpus-sonus.txt · Dernière modification: 26 04 2022 (modification externe)